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Infobésité, stress décisionnel, charge mentale :
comment réellement déconnecter en vacances ?

Les chaleurs précoces du mois de mai 2026 viennent de nous donner un avant-goût de vacances.

En attendant de pouvoir profiter de la pause estivale bien méritée, les corps et les esprits sont déjà passablement fatigués. Les derniers congés pris sont parfois lointains : une semaine de ski ou dans la maison de campagne pour les plus chanceux, quelques jours de congés posés de-ci-delà pour « souffler ».

Comme leurs salariés, les dirigeants voient les vacances d’été comme une soupape de sécurité indispensable.

Cet article que j’ai voulu original par rapport aux thèmes que je traite habituellement constituera le premier opus d’une nouvelle rubrique « Horizons ». J’y aborderai des sujets soit plus personnels, soit qui font écho à des problématiques connexes à la gestion de patrimoine et l’immobilier.

La maladie moderne, la surcharge mentale, a déjà largement été étudiée et ses symptômes précisément décrits.

Nous ferons un tour rapide des apports des neurosciences et envisagerons comment le voyage (ou l’ « expérience ») permet de réellement déconnecter.

Infobésité, stress décisionnel, charge mentale
Image de Gerd Altmann / Pixabay

La surcharge informationnelle est l’ennemie silencieuse de l’efficacité de la prise de décision

Cette surcharge ne surprendra pas les dirigeants, ils la vivent tous au quotidien à des degrés divers. Elle a été assez bien documentée par différentes disciplines, notamment l’économie et les neurosciences.

Par exemple, en 1971, avant même l’irruption de la tech dans nos vies, l’économiste Herbert Simon (prix Nobel 1978 d’économie) décrivait très justement un phénomène très actuel et paradoxal : « Dans un monde riche en informations, l’abondance d’informations crée une rareté de l’attention. » 

Dans le monde de la finance, ce phénomène a toujours été une réalité. Avec la diffusion massive de la micro-informatique, de l’internet et maintenant de l’IA, la surcharge informationnelle concerne l’immense majorité des chefs d’entreprise et des professions libérales.

La surcharge informationnelle
Image de alexmogopro / Pixabay

Les neurosciences ont bien décrit les effets de cette surcharge sur le fonctionnement de notre cerveau.

Lorsque le cerveau est soumis à un stress ou à une surcharge informationnelle, il va réorganiser son activité en faveur des circuits neuronaux rapides et économes, au détriment des processus d’analyse fine. C’est ce que Daniel Kahneman a théorisé sous les concepts de « système 1 » (intuitif, rapide, biaisé) et de « système 2 » (analytique, lent, exigeant). Les décisions managériales et financières exigent plutôt l’activation du système 2, celui justement que le stress chronique affaiblit.

Le neuroscientifique Adam Gazzaley est allé plus loin. En 2017, dans son ouvrage « The Distracted Mind » (MIT Press, 2017), il avait évoqué une « crise de la cognition » pour décrire les conséquences de la surcharge sur les cerveaux hyperconnectés. Les symptômes sont multiples : difficultés de concentration, incapacité à penser sur le long terme, réactivité émotionnelle accrue.

La cote d’alerte de la santé mentale des dirigeants français

En France, le législateur a bien compris les enjeux de santé publique associés à cette maladie d’un genre nouveau. Le « droit à la déconnexion » a été défini légalement en 2016. Malheureusement, la loi « El-Khomri » ne concerne que les salariés, en laissant de côté les dirigeants et chefs d’entreprise.

Pourtant, pour les dirigeants, les chiffres sont assez édifiants et alarmants !

Le baromètre annuel de la Fondation MMA des Entrepreneurs du Futur et Bpifrance Le Lab, publié au printemps 2025 a montré que 82 % des dirigeants interrogés déclaraient souffrir de troubles physiques ou psychologiques (+11 points en un an et +23 points depuis 2021). Seulement 68 % des dirigeants se sont déclarés en bonne santé mentale, contre 76 à 80 % les années précédentes.

En juillet 2025, l’Institut Choiseul a de son côté publié une enquête inédite titrée « Santé mentale des dirigeants : sortir du tabou ». Les résultats sont dans la même veine que ceux issu du baromètre annuel MMA.

Ainsi, 75 % des dirigeants sont stressés au moins une fois par semaine, et plus d’un tiers sont lestés de leur charge mentale à la maison et pendant leurs vacances. Autre enseignement : neuf dirigeants sur dix avouent que leur état mental a des effets concrets sur la performance de leur entreprise…

Le professeur Olivier Torres, fondateur de l’Observatoire Amarok et référence académique française sur la santé des dirigeants, avait résumé en 2013 l’enjeu par une formule que tous les dirigeants devraient méditer : « Le capital santé du dirigeant est le premier actif immatériel de l’entreprise. » Un actif qui, comme les actifs de l’entreprise, se déprécie au fil du temps lorsqu’on néglige son entretien.

Et les vacances dans tout ça ?

La déconnexion pendant les vacances est donc une nécessité absolue. Le danger est de reproduire les schémas professionnels…Les vacances connectées sont l’ennemi du repos !

Les travaux du psychologue Stephen Kaplan (Université du Michigan, 1984-1995) ont formalisé la Théorie de la restauration attentionnelle : certains environnements, notamment naturels, permettent de récupérer de la fatigue attentionnelle précisément parce qu’ils sollicitent peu les ressources cognitives volontaires. Une randonnée prolongée en pleine nature, une immersion dans un environnement dépourvu de sollicitations numériques favorise la récupération mentale.

Et les vacances
Image de veerasantinithi / Pixabay

Dans ce contexte, le mouvement « slow travel » (voyages immersifs, petits groupes, destinations hors des circuits médiatisés, guides locaux experts) rencontre de plus en plus d’adeptes.  Un voyage conçu autour de l’immersion réelle permet d’atteindre l’état attendu de restauration attentionnelle. Il permet de couper avec la sur sollicitation numérique et les attentes sociales autour des vacances. 

En parallèle de cet article, j’ai eu la chance d’échanger avec Éric Bonnem, président de Secret Planet.  Grand voyageur, il a développé un concept original qui permet aux dirigeants et chefs d’entreprise de déconnecter. L’interview est à découvrir ici.

Sources documentaires pour aller plus loin

Herbert Simon, « Designing Organizations for an Information-Rich World », MIT Press (1971) 

 Daniel Kahneman, « Thinking, Fast and Slow » (2011) 

 Adam Gazzaley, « The Distracted Mind », MIT Press (2017) 

 Fondation MMA des Entrepreneurs du Futur / Bpifrance Le Lab, Baromètre santé des dirigeants 2025 

 Institut Choiseul, « Santé mentale des dirigeants : sortir du tabou », juillet 2025 

Observatoire Amarok, Pr Olivier Torres, Université de Montpellier 

Stephen Kaplan, « The Restorative Benefits of Nature », Journal of Environmental Psychology (1995)