La désindexation des retraites 
sera-t-elle suffisante pour réduire les déficits ?

Les discussions budgétaires s’annoncent périlleuses : entre des déficits publics persistants et la hausse des taux d’intérêt, la France rencontre des difficultés structurelles à équilibrer ses comptes. Le budget 2027, pré-présidentiel, fait face à une équation financière presque insoluble.

La maîtrise des dépenses de retraite, principal poste des dépenses de protection sociale, apparaît comme l’une des principales pistes d’économies envisagées. Pour y arriver, les pouvoirs publics réfléchissent à de désindexer les pensions de retraite les plus élevées. Cette désindexation s’appliquerait pour les retraites « les plus élevées ». 

Quelle est la signification précise de ce terme désindexation ? quelles en sont les conséquences ? quelles pistes pour s’en prémunir ?

Cet article apporte quelques pistes de réflexion.

La désindexation des retraites sera-t-elle suffisante pour réduire les déficits
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La désindexation des pensions de retraite n’est pas nouvelle 

Le principe de l’indexation pour garantir le pouvoir des prestations sociales

La plupart des prestations sociales sont revalorisées chaque année par les pouvoirs publics à minima en fonction du taux d’inflation. Cette revalorisation permet de garantir le pouvoir d’achat des bénéficiaires. La revalorisation est décidée chaque année par le parlement lors du vote du projet de loi de finances de la sécurité sociale (PLFSS).

L’indexation n’est cependant pas neutre pour l’État puisqu’elle revalorise mécaniquement le montant des dépenses publiques.

La désindexation quant à elle est l’opération qui consiste à revaloriser la prestation sociale d’un niveau inférieur à l’inflation. La revalorisation peut aussi être nulle. Dans les deux cas, les bénéficiaires perdent du pouvoir d’achat. 

Le choix entre indexation ou désindexation est le résultat d’un choix politique entre le soutien au pouvoir d’achat et l’équilibre des comptes publics. 

La désindexation des pensions a déjà été pratiquée dans le passé

Avant la réforme « Balladur » de 1993, les pensions étaient indexées sur l’évolution des salaires. En 1993, les régimes de base du privé ont été indexés sur les prix. La réforme « Fillon » de 2003 a étendu cette indexation aux fonctionnaires. En 2008, les pensions des régimes spéciaux ont été indexées sur l’inflation.

La désindexation des pensions
image Markus Winkler /Pixabay

Dix dates qui montrent que les pensions n’ont pas toujours suivi l’inflation

Année Revalorisation des pensions de base Ce qu'il faut retenir
2000
0,5 %
Revalorisation inférieure à l’inflation avec une baisse de 1,2 % en euros constants pour le régime général
2008
1,1 % puis 0,8 %
Deux revalorisations au cours de l’année, mais insuffisantes face à l’inflation (2,8 %)
2014
0 %
Gel des pensions de base et changement du calendrier de revalorisation
2015
0,1 %
Revalorisation largement inférieure à l’indexation classique sur les prix.
2017
0,8 %
Revalorisation après la période de quasi-stabilité entre 2014 et 2016
2018
0 %
Les pensions ne sont pas revalorisées au 1er octobre 2018
2019
0,3 %
La hausse est fixée par dérogation, indépendamment de l’inflation
2020
1 % ou 0,3 %
selon le montant de la pension
Désindexation différenciée : +1 % sous 2 000 € bruts mensuels, +0,3 % au-delà
2022
1,1 % puis 4 %
Revalorisation anticipée de 4 % au 1er juillet face à l’inflation
2024
5,3 %
Forte revalorisation après le choc inflationniste de 2022 et 2023

Sources : Service des retraites de l’État et DREES

Des mesures exceptionnelles depuis 2022

Depuis 2022, les revalorisations ont été plus généreuses en raison de la forte inflation. 
Les pensions de base ont été revalorisées de 0,9 % au 1er janvier 2026.

Quelles conséquences pour les futurs retraités ?

Pour les jeunes et les générations qui travaillent, le message envoyé est assez limpide : le système garantira le montant nominal des retraites et plus leur montant réel… En cas d’inflation forte, le pouvoir d’achat des retraites pourrait se réduire chaque année.

Dans ce contexte, différentes stratégies peuvent être envisagées pour offrir de nouvelles perspectives. Ces solutions combinent fiscalité, gestion intelligente de l’épargne, création de revenus complémentaires grâce à l’immobilier ou la bourse. 

Le projet de budget 2027

Le gouvernement a évoqué une désindexation partielle des pensions qui concernerait les « retraités aisés » tout en préservant les « petites pensions » et le minimum vieillesse. 

Faire le point sur ses droits acquis et corriger les éventuelles erreurs matérielles

Le relevé de carrière ou relevé individuel de situation (RIS) est le document officiel retraçant l’historique d’une carrière avec l’identification des différents régimes de retraite.

Pour se prémunir d’éventuelles erreurs préjudiciables lors des liquidations des pensions, il est fortement recommandé de les vérifier et de procéder aux ajustements nécessaires dès l’âge de 55 ans. 

Pour les carrières complexes, des sociétés spécialisées peuvent aider à préparer les demandes de liquidation des pensions avec des optimisations pour les fins de carrière : opportunité des rachats de trimestres, décalage de l’âge de départ…

En 2025, selon la Cour des Comptes, près d’une pension sur 9 du régime général comportait des erreurs, souvent en défaveur des futurs retraités.  

Diversifier ses investissements et créer de nouvelles sources de revenus

Notre système offre toutes les possibilités pour y parvenir : immobilier, épargne-retraite et investissements financiers. Ces investissements devront être en mesure de dégager des rendements réels supérieurs à l’inflation après fiscalité.

La désindexation pourrait donc constituer un outil budgétaire efficace à court terme, notamment pour le vote du budget 2027. En effet, en ralentissant mécaniquement la progression des dépenses sans réduire nominalement le montant des pensions, elle apparaît socialement et politiquement plus acceptable. Mais son efficacité a une contrepartie concrète : elle érode le pouvoir d’achat des retraités. Elle apparaît enfin comme une mesure de court terme qui ne modifie ni la démographie, ni le rapport entre actifs et retraités, ni les paramètres structurels du système.