Après les incendies de juillet, le risque de feux de forêt va-t-il rester assurable ?
Plus de 100 000 hectares de forêts ont brulé au 31 juillet 2026 en France, un record ! Après ce triste bilan, vont rapidement survenir les premières démarches d’indemnisation des victimes. Aujourd’hui, les assureurs prennent en charge le risque incendie via les contrats d’assurance multirisques habitation. Le risque de feux de forêt devient un risque patrimonial majeur. Avec l’intensité des destructions et l’envolée de leurs coûts, ce modèle assurantiel résilient va-t-il tenir sur la durée ? Qu’en est-il de la valeur immobilière dans ce contexte ?
Une hausse marquée du coût des incendies
Selon France Assureurs, en 2025, les incendies ont représenté 4 % des sinistres et 28,7 % des indemnisations. Ils représentent ainsi la première cause d’indemnisation devant les dégâts des eaux (25,9 %) et les tempêtes/grêle/neige (16,2%), les vols arrivant derrière.
Alors que la fréquence des incendies a diminué, leur coût a en revanche fortement augmenté. Depuis 2005, le coût moyen a plus que doublé (49,7 % depuis 2020). Rien que sur 2025, le coût moyen a dérapé de 12 %. Par ailleurs, en 20 ans, les indemnisations ont crû de 57 %.
Ces chiffres sont nettement supérieurs à l’inflation constatée sur la période.
Qu’en est-il des feux de forêt ?
L’incidence des feux de forêts est très variable selon les années. Selon le ministère de l’Écologie, les surfaces annuelles brûlées ont diminué de moitié depuis les années 1990 (environ 24 000 hectares en moyenne par an, contre 37 000 avant 1990). Six mille communes sont exposées au risque, environ 4000 départs de feu surviennent chaque année.
En 2003, 73 000 hectares avaient brûlé. En 2022, 70 000 ha ont été parcourus par les feux de forêt. En 2025, plus de 30 000 ha ont brûlé. 2026 sera une année exceptionnelle par rapport à l’historique récent.
Près de 90 % des départs de feu sont d’origine humaine, qu’ils soient accidentels ou volontaires. 25 % d’entre eux seraient la conséquence directe de comportements malveillants.
Les feux de 2026 ont détruit de nombreuses habitations. C’est ce dernier point qui inquiète particulièrement pour le futur.
Les zones touchées sont aussi celles qui ces dernières décennies ont bénéficié d’une forte croissance démographique. Ainsi, les coûts ne sont plus uniquement environnementaux, ils ont un coût économique direct. Le risque devient patrimonial puisqu’ils touchent désormais des habitations et des entreprises dont la valeur économique est non négligeable. Certaines infrastructures publiques peuvent aussi être impactées par les feux.
Comment les assureurs voient l’évolution du risque des feux de forêt ?
En 2021, France assureurs a chiffré le coût des dérèglements climatiques à 69 milliards d’euros à horizon 2050.
Malheureusement, il n’est pas possible d’isoler précisément les feux de forêt dans ces statistiques. Si France Assureurs n’identifie pas les coûts spécifiques des feux de forêt, ces derniers participent aux côtés de la sécheresse, des inondations et de l’inflation des coûts de reconstruction, à la hausse régulière des primes d’assurance multirisques habitation.
Le futur calcul des primes pourrait tenir compte des risques particuliers de certaines zones plus exposées. La prévention sera aussi certainement mise en avant pour réduire l’incidence des risques (renforcement des obligations de débroussaillement, nouveaux matériaux de construction ignifuges…)
Quelles sont les prestations incluses dans les contrats ?
Après la sidération provoquée par l’ampleur des destructions et la détresse des victimes, France assureurs a produit un communiqué de presse le 30 juillet pour rappeler l’engagement des assureurs auprès de leurs clients.
« La garantie incendie couvre l’habitation et son contenu dans les limites prévues par le contrat d’assurance multirisques habitation (capitaux assurés, franchises…) ». Les garanties ne sont donc pas uniformes et dépendent de chaque contrat.
France assureurs rappelle que « selon les conditions prévues par le contrat, celui-ci peut également prendre en charge les dommages causés par la fumée, ainsi que les dégâts occasionnés par les opérations de secours, par exemple lorsque les pompiers doivent forcer une porte ou une fenêtre pour intervenir, ou encore les dommages liés à la pulvérisation de produits retardants ».
Enfin, dans le cadre des incendies exceptionnels en Gironde, dans les Landes et dans le Var, le délai de déclaration de sinistres a été prolongé jusqu’au 31 août, au-delà des cinq jours du délai réglementaire habituel.
Et lorsque les habitations sont entièrement détruites ?
En fonction des contrats, l’assureur viendra indemniser la valeur de reconstruction de l’habitation détruite, des dépendances, les éventuels frais de démolition et de déblaiement, le relogement temporaire, le mobilier…
La principale interrogation concerne l’avenir de tous ceux ayant vu leur habitation entièrement détruite par les flammes.
Au-delà de la tristesse d’avoir vu son patrimoine partir en fumée, les délais de reconstruction sont longs. Ils peuvent atteindre entre 18 à 36 mois, voire davantage après un incendie de grande ampleur en raison de l’incapacité des entreprises locales du bâtiment à absorber la demande.
Le plus problématique pour les propriétaires est qu’ils n’ont pas la certitude de pouvoir reconstruire après l’incendie. Ces possibilités de reconstruction ultérieures dépendront des règles d’urbanisme applicables après le sinistre et des éventuelles mesures de prévention arrêtées par les autorités compétentes.
De plus, l’indemnisation ne compense pas nécessairement le fait que le terrain devienne inconstructible.
Voici un scénario qui pourrait survenir dans les mois à venir :
- une maison de 450 000 € est détruite par le feu,
- l’assureur indemnise la reconstruction conformément aux clauses du contrat,
- la reconstruction est interdite par la mairie,
- le propriétaire conserve ainsi un terrain dont la valeur est fortement dépréciée, voire invendable.
Quelle valeur pour un terrain devenu difficile, voire impossible, à reconstruire après un incendie ?
Cette question dépasse la simple logique du fonctionnement actuel de l’assurance multirisques habitation. Elle est un véritable sujet de société qui touche directement à la valeur du patrimoine immobilier (sujet sensible), au droit de l’urbanisme et à l’évolution des risques climatiques.
Le caractère exceptionnel des feux de juillet devrait amener à une nouvelle réflexion sur l’assurabilité de ces risques et la valeur patrimoniale des biens immobiliers situés dans les zones soumises au risque de feux de forêt.
Au vu de la catastrophe de cet été, certains propriétaires devraient être contraints de devoir renoncer à leur ancienne vie et en rebâtir une nouvelle ailleurs. Des réfugiés climatiques d’un genre nouveau…