La dette publique devient-elle insoutenable ?
Entrons-nous en 2026 dans une spirale d’endettement public à risque ?
La France fait face à des difficultés budgétaires, ce n’est un secret pour personne. Aujourd’hui, les indicateurs virent au rouge et le coût de la dette, longtemps maîtrisé, se tend nettement avec la hausse combinée des taux d’intérêt et des encours à refinancer.
En remontant dans l’histoire de notre pays, les problèmes de dette ont toujours été réglés de manière assez brutale avec des conséquences économiques et politiques majeures. Sous la révolution, en 1797, la « banqueroute des deux tiers » avait largement assaini les finances de l’État au prix de la ruine de nombreux créanciers.
Au cœur de cet été 2026 déjà passablement perturbé par les conséquences des dérèglements climatiques, les pouvoirs publics communiquent déjà sur les grandes orientations pour assainir les comptes. Les efforts demandés seront significatifs et devront être collectivement partagés.
Autre source de tension, nous entrons en période électorale, ce qui ne manquera pas de complexifier la prise de décision politique.
La trajectoire défavorable de la dette publique
Évolution de la dette des administrations publiques en France depuis 2004
Au 30 juin 2026, avec 3 536 milliards d’euros, la dette publique française n’a jamais été aussi élevée en temps de paix. Depuis 2004, l’endettement des administrations a fortement dérapé avec deux fortes accélérations notables lors des crises de 2008 et le Covid. Rapporté au PIB, la dette publique est passée de 66 % à 117,5 %, soit presque un doublement en moins d’une génération !
Pour retrouver des niveaux de dettes par rapport au PIB similaires à ceux d’aujourd’hui, il faut remonter aux deux guerres mondiales.
De plus, comparés à nos voisins, nous sommes plutôt mal placés.
C’est la Grèce, qui avec un ratio atteignant 143,5 % du PIB, occupe la première place du podium. Ce pays a fait face à une grave crise financière en 2010. Même si la croissance est revenue depuis, la Grèce n’est toujours pas sortie de l’ornière.
Ensuite on retrouve dans l’ordre l’Italie (138,9 %), la France (117,6%), la Belgique (109,1%), l’Espagne (101,6 %) et le Portugal (91,0%).
Dans les années 1990, le traité de Maastricht (1992) avait fixé deux règles strictes pour les pays de l’Union européenne : un déficit public limité à 3 % du PIB et une dette publique inférieure à 60 % du PIB. Ces critères étaient la condition sine qua non pour construire les fondations de l’union économique et monétaire et pour préparer l’arrivée de l’euro. Nous en sommes bien loin aujourd’hui, en tout cas pour la France….
Lors des publications annuelles de l’INSEE, la dette fait régulièrement l’objet d’articles alarmistes dans la presse et alimente les débats politiques sans effet réel sur sa trajectoire ascendante. Manifestement, les conséquences de la dette apparaissent trop éloignées des préoccupations quotidiennes et collectivement chacun se dit en son for intérieur « après moi le déluge » …
La France a bénéficié jusqu’à 2022 d’une grande mansuétude de la part des marchés financiers.
Cet « âge d’or » financier a largement facilité la tâche l’Agence France Trésor (l’ organisme en charge de la gestion la dette) pour la « rouler » sans en augmenter le coût annuel pour le budget.
Cependant, les marchés accordent désormais moins de crédit au sérieux budgétaire français. Les Échos ont publié un article le 4 août, intitulé « Dette, l’addition s’envole déjà pour l’État ». Rien que sur le premier semestre, cette charge aurait augmenté de 5 milliards par rapport à l’an dernier. Dans l’article, l’institut de recherche économique Rexecode a évalué la charge annuelle de la dette à plus de 60 milliards d’euros en 2026 et selon ses calculs, elle atteindrait 112 milliards d’euros en 2032, soit un quasi-doublement en 6 ans. Nous entrons dans le dur…
Que dit l’histoire de France sur les conséquences du dérapage de la dette publique ?
La dette publique devient dangereuse lorsqu’elle fait « boule de neige » et contraint l’État à emprunter pour uniquement payer ses intérêts sans pouvoir rembourser le capital.
La France a connu dans son histoire un épisode de dette incontrôlée survenu avant et pendant la Révolution. Sous l’ancien Régime, les finances du royaume étaient exsangues et il devenait presque impossible de lever de nouveaux impôts. Dans l’impasse, Louis XVI fût contraint en 1789 de convoquer les États Généraux et nous connaissons la suite… La dette publique n’étant pas réglée pour autant, les biens immobiliers nationaux (issus de la saisie des biens de l’Église en novembre 1789) ont servi de gage pour l’émission de titres de dette portant intérêt, les fameux « assignats ». Malheureusement, face aux besoins de financement, la quantité d’assignats dans l’économie s’est emballée ce qui a contribué à générer une très forte inflation.
Ce financement monétaire hasardeux s’est achevé en 1797 avec la « banqueroute des deux tiers » qui restructure profondément la dette :
- deux-tiers fait l’objet d’une conversion forcée en « bonds des deux tiers » qui perdent rapidement de leur valeur avec l’inflation ;
- l’État s’engage uniquement sur le paiement du tiers restant, le « tiers consolidé ».
Concrètement, à quoi faut-il s’attendre en 2027 ?
Les discussions au parlement devraient bientôt débuter pour établir le dernier budget du président Macron. Quelques pistes circulent déjà.
Les dépenses sociales sont dans le viseur
Relativement épargnées jusqu’à présent, les retraites semblent être le morceau de choix des futurs ajustements budgétaires.
Le terme « désindexation » devrait rapidement intégrer les débats télévisés et familiaux dans les prochaines semaines. Le ministre du budget David Amiel y est favorable. La désindexation conduit à ne pas revaloriser les pensions de retraite et les prestations sociales autant que l’inflation. Cela conduit mécaniquement à une perte de pouvoir d’achat de ces prestations. Elle apparaît toutefois comme une solution de court terme et loin de réponde aux enjeux.
La santé va coûter plus cher
D’autres annonces prévoient le doublement du plafond annuel du reste à charge sur certains médicaments et consultations médicales. Là aussi, les dépenses des ménages vont mécaniquement augmenter via la hausse des cotisations des mutuelles santé.
Quels impacts sur la gestion patrimoine ?
Les effets d’un endettement massif sont complexes.
Les risques deviennent sérieux dès lors que les marchés perçoivent réellement le risque de dérapage des comptes publics. Rappelons que ce risque n’est pas spécifique à la France et concerne tous les grands pays développés.
La France paye actuellement 4 % d’intérêt pour pouvoir emprunter à 10 ans. Nous étions proches de 0 % entre 2019 et fin 2021, l’évolution est significative.
La hausse des taux de marché se diffuse dans l’économie par le canal bancaire. Elle entraîne presque mécaniquement une hausse des taux de crédits accordés aux ménages et aux entreprises.
Pour les ménages, l’effet est ambivalent. D’un côté l’épargne et les placements à court terme sont mieux rémunérés. De l’autre, les crédits immobiliers sont plus chers, ce qui pénalise l’immobilier.
En gestion de patrimoine, les conseillers seront probablement incités à ajuster les allocations d’actifs afin de contrer les effets d’un redémarrage de l’inflation. Ce dernier paramètre est fondamental car la plupart des configurations d’endettement massif se soldent par création monétaire et de l’inflation. Nous n’en sommes pas encore là : à la fin juillet l’inflation en France a atteint 2,1%.
Les marchés envisagent de leur côté un scénario inflationniste. Pour preuve, les cours de l’or ont fortement augmenté depuis 2025. Cette hausse s’explique en partie par les craintes de perte de pouvoir d’achat de la monnaie dans cet environnement de dettes généralisées.
Sans réformes structurelles et sans redémarrage de la croissance économique, nous devrons certainement nous attendre à une pression fiscale encore plus forte dans le futur…